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Un producteur, comment ça « fonctionne » ?

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Que se passe-t-il dans la tête d’un producteur quand il reçoit le projet d’un scénariste débutant ? Qu’est-ce qu’il pense quand il lit un scénario ? Quelles sont ses contraintes ? Ses envies ?

Bref, comment est-ce qu’un producteur « fonctionne » ?

 

Beaucoup de légendes et d’à priori circulent sur le métier et la personnalité d’un producteur. Alimentés, il est vrai par les faits-divers des derniers mois sur les agissements de certains d’entre-eux.

Il y a malheureusement des brebis galeuses dans tous les métiers.

Balayons, pour commencer, quelques idées reçues :

 

  • Un producteur n’investit pas son argent personnel dans les films

    Il utilise une partie de la trésorerie de sa société pour développer les projets et surtout recherche des financements pour boucler les budgets des films qu’il produit. Il lui arrive souvent de mettre sa rémunération de producteur en participation dans le financement du film. Il ne sera alors rémunéré que si l’exploitation du film permet, au moins, de rembourser le coût de production.

  • Un producteur ne vole pas impunément les scénarios des auteurs.

    Un scénario est protégé par le droit d’auteur et l’antériorité dans le temps de son écriture. Il arrive parfois, surtout en télévision, que certaines idées soient utilisées dans d’autres projets. Une idée ne pouvant être protégée, cela ne constitue pas un délit. Toutefois, un producteur qui pillerait systématiquement les meilleures idées des projets qu’il reçoit pour en développer d’autres, serait irrémédiablement repéré et ses pratiques dénoncées. Il perdrait alors tout crédit et toute confiance et aurait beaucoup de mal à continuer son activité.

  • Un producteur n’est pas un mécène.

    Il dirige une société commerciale qui a pour but de générer des profits. Un producteur attend donc toujours un retour sur investissement qu’il soit financier ou en notoriété. Si les films qu’il produit ont du succès, il gagne de l’argent. Si ses productions sont des échecs, il en perd. Il est le seul garant de la réussite ou de l’échec d’un film et doit rendre des comptes à ses financiers.

  • Un producteur n’empoche pas toutes les recettes d’un film.

    Elles sont partagées suivant un calendrier et des pourcentages spécifiques entre chaque participants au financement. Sans oublier la part de l’auteur, de l’exploitant et de l’État.  Un producteur ne finance souvent un film qu’à hauteur de 5 à 10%. Il a donc des « créanciers » à rembourser à chaque production.

La plupart des producteurs sont des gens passionnés qui s’investissent corps et âme dans leur métier.

 

Qu’est-ce qu’un producteur  ?

 

Un producteur est avant tout un chef d’entreprise.

Il a donc des obligations à remplir et des objectifs à atteindre.

Une société (SA, SARL, SAS, etc.) est obligée de générer du profit sous peine d’être mise en faillite au bout d’un moment. Elle doit aussi remplir un certain nombre de tâches administratives et supporter beaucoup de charges de fonctionnement difficilement compressibles.

 

Voici une liste, non exhaustive, des principales charges de fonctionnement d’une société de production :

• Personnels : salaires et charges sociales
• Frais de bureau : loyer, téléphone, papier, encre, stylos, classeurs, logiciels, photocopies, etc.
• Frais de comptabilité : bilan, dépôt des comptes, liasse fiscale, etc.
• Frais d’avocats pour les différents contrats et litiges éventuels
• Coûts de développement des projets
• Frais de dossiers pour le financement des films
• Frais financiers : banque, organismes de financement, etc.
• Cotisations aux organismes professionnels
• Impôts et taxes


Pour générer du profit, et subvenir aux différentes charges de fonctionnement d’une société, il est donc nécessaire de s’engager dans des projets viables, prometteurs de succès publics avec des financements réalisables. Bref, des projets qui « rapportent ».

C’est pourquoi une grosse société de production ne prendra que très très rarement des projets de scénaristes débutants. Le risque est trop important financièrement.

Et si elle le fait, ce sera avec énormément de garantis, dont notamment l’ajout d’un scénariste confirmé.
Si le producteur a enregistré quelques succès avec de précédentes productions, cela peut lui permettre parfois de parier sur de jeunes talents. Mais ce n’est pas la majorité des cas.

Les « petits » producteurs indépendants sont plus ouverts aux débutants. Ils prennent, en général, plus le temps de lire et de choisir des projets de jeunes scénaristes, pour peu que ces derniers arrivent à les rassurer.

Quoi qu’il en soit, gardez bien à l’esprit que quand un producteur commence à s’investir dans un projet, le compteur des dépenses démarre pour lui et sa société.

Pour maîtriser les coûts, les producteurs raisonnent donc en programmes annuels de production.

C’est à dire qu’ils définissent à un moment donné le nombre de projets qu’ils vont financer sur plusieurs années et un agenda possible des tournages à venir. Ce nombre varie suivant la taille de la société, la trésorerie disponible et le type de projets à produire.

En effet, suivant qu’il s’agisse de films de long métrage, de films de court métrage, de documentaires, de téléfilms ou de séries TV, certaines variations peuvent apparaître dans le processus et la méthodologie de production.

 

Pour exemple, j’avais un programme de production sur 10 ans de 12 films de court métrage,
1 série d’animation en 3D stéréoscopique, 1 série TV, 2 web-séries,1 documentaire et 1 long métrage. Avec une possibilité d’ajouter 2 projets « coup de coeur » s’ils se présentaient.
Au final j’ai réussi à produire 6 films de court métrage, la série d’animation en 3D et le documentaire dont les finitions ne sont pas encore terminées à ce jour.
Je n’ai pas pu boucler les financements des autres projet. Et le long métrage est encore en développement après 3 ans.
Cela représente beaucoup d’investissements pour à peine 50% de réussite.
Heureusement que j’avais à côté des contrats de production exécutive pour remplir les caisses de la société !

C’est pourquoi la plupart des producteurs sélectionnent drastiquement les projets qu’ils reçoivent. Ils n’ont pas de temps ni d’argent à perdre.

 

 

Comment un producteur sélectionne-t-il un projet ?

 

Les producteurs reçoivent tout au long de l’année énormément de projets.

 

Pour exemple, je recevais à peu près 700 projets de films de court métrage et de documentaires par an pendant ma pleine activité. Je continue d’ailleurs à en recevoir une centaine par an alors que j’ai annoncé plusieurs fois que j’arrêtai la production traditionnelle. Les grosses sociétés de production reçoivent généralement plus de 1000 projets de films de long métrage par an !

 

Il est impossible pour un producteur de lire tous les projets qu’il reçoit. Même les grosses sociétés qui ont un département dédié uniquement à ça.

Sélectionner rapidement les projets reçus est donc une absolue nécessité pour tout producteur.

Le cinéma ou l’audiovisuel n’étant pas une science exacte, les modalités de sélection diffèrent d’un producteur à l’autre. Heureusement, tout reste toujours possible si vous tombez au bon moment sur le bon producteur. Les relations humaines sont faites de moments uniques inexplicables.

Toutefois, il existe 5 critères particuliers qui sont, en général, utilisés pour sélectionner un projet :

  • La notoriété
  • Le premier contact
  • Le synopsis, les personnages, la note d’intention
  • Le réalisme du projet
  • La motivation, l’aptitude et la souplesse du scénariste

La notoriété

La première chose qu’un producteur va vérifier quand il reçoit votre projet c’est si vous êtes connu ou pas. Plus la notoriété d’un scénariste est reconnue, plus il sera prioritaire quand il propose un projet.

Dans ce métier, la renommée basée sur l’expérience et les succès est primordiale. Elle rassure, même si elle n’empêche pas les échecs. C’est comme ça !

Cette règle est particulièrement présente en TV où il est extrêmement difficile de percer si l’on est totalement inconnu. Les diffuseurs ne s’engagent qu’avec moultes garanties et veulent être constamment rassurés tout au long du processus de fabrication d’un téléfilm, d’une série ou d’un documentaire.

 

Le premier contact

La première impression est toujours la meilleure dans le cinéma et l’audiovisuel. La concurrence est telle qu’il y a rarement de seconde chance.

Un producteur éliminera systématiquement les projets qui lui sont proposés sans un minimum de politesse et de respect.

Il éliminera aussi les scénarios et synopsis envoyé sans présentation et sans explications. Les présentations trop prétentieuses où le scénariste ne parle que de lui et de ses prétentions financières. Les propositions de vente brute d’un scénario. Un producteur n’est pas un épicier qui achète des textes au poids.

Bref, un producteur éliminera toutes propositions qui ne lui semble pas professionnelles ni motivées par un réel désir d’aller jusqu’au bout d’un projet sérieux et commercialisable.

 

Le synopsis, les personnages, la note d’intention

Quand un producteur entame la lecture du synopsis – ou du scénario complet dans certains cas- c’est qu’il est déjà intéressé par le sujet et la présentation du projet.

Lors de la lecture du synopsis, il va vérifier la structure de l’intrigue, la force des personnages, l’intérêt pour le public d’aller voir le film et une première estimation du budget nécessaire.

Tout synopsis bâclé, bancale, trop compliqué ou trop simpliste, avec trop de personnages inutiles, sans traitement intéressant du sujet ou trop cher à produire sera éliminé.

Le producteur lira la note d’intention avant ou après la lecture du synopsis. Elle lui permet d’en découvrir plus sur les motivations et les envies du scénariste.

Si le synopsis présente des maladresses, mais que la note d’intention explique parfaitement l’envie et la motivation de l’auteur, le producteur va évaluer le coût d’un développement avec un scénariste plus expérimenté et décider de s’investir ou pas dans le projet.

Si la note d’intention et le synopsis sont en désaccord où mal rédigés, le refus sera sans appel dans la majorité des cas.

 

Le réalisme du projet

Le producteur, dès qu’il en a l’occasion, va vérifier et revérifier si le projet est vraiment « réaliste », c’est-à-dire possible à financer, à réaliser et à exploiter.

Cela peut arriver au niveau du pitch ou de le présentation comme au niveau du synopsis.

Aujourd’hui, les salles de cinéma sont trustées essentiellement par les superproductions et les films à forts potentiels reposant sur des noms connus et reconnus. La vie ou la mort d’un film se décide en quelques heures, le premier jour de son exploitation. La plupart des films ne restent qu’une semaine à l’affiche avant d’être confinés dans des petites salles ou des ciné-clubs. Difficile dans ce cas d’engranger suffisamment de recettes pour rembourser les financements et gagner de l’argent.

Un producteur doit donc rester prudent dans ses choix et bien définir le potentiel commercial des films qu’il produit. Il donnera toujours la priorité aux projets réalistes, bien structurés, traitant de sujets de société porteurs et universels.

 

La motivation, l’aptitude et la souplesse du scénariste

Que ce soit au moment du premier contact ou lors d’un premier rendez-vous, le producteur vérifiera toujours la motivation du scénariste à aller jusqu’au bout des mois de travail que constitue la production d’un film.

Il vérifiera également l’aptitude du scénariste à s’adapter aux circonstances, à pouvoir ré-écrire certaines scènes, certains dialogues, à revoir une partie de la structure d l’intrigue si nécessaire.

Un producteur a besoin d’être rassuré avant de s’engager dans un projet qui peut mettre en danger sa société. Il ne s’engagera donc qu’avec des gens sûres et motivés.

S’il sent une défaillance possible, il abandonnera ou engagera un scénariste expérimenté pour garantir la bonne marche de la production.

 

 

Dans la tête d’un producteur

 

La tête d’un producteur est pleine de passions, d’envies et de contraintes. Il n’a pas toujours, lui non plus, la possibilité d’aller jusqu’au bout de ses rêves et de produire tout ce qu’il veut.

Il doit être rassuré régulièrement parce qu’il doit lui-même rassurer en permanence les financiers de ses productions.

Il doit s’entourer de gens fiables possédant une grande faculté d’adaptation et savoir gérer ses engagements financiers avec sérieux.

Chaque film qu’il produit est un prototype qui peut lui apporter la richesse ou la ruine en quelques heures.

 

 

Même s’il est souvent d’usage dans la profession d’opposer les producteurs aux auteurs, l’un ne va pas sans l’autre. Un producteur à toujours besoin d’un bon scénario pour produire un film. Un scénariste à toujours besoin d’un bon producteur pour voir son scénario porter à l’écran.

Cette relation doit se forger dès le début et se « travailler » par la suite pour que les atouts soient réunis dans la production d’un film.

 

J’espère que ce portrait, non exhaustif, d’un producteur va vous aider à mieux appréhender l’envoie de vos projets et gérer votre relation avec lui.

Chaque relation entre un scénariste et un producteur est unique. Elle fonctionne ou ne fonctionne pas.

Il n’y a pas de règle établie dans les relations entre deux individus. Ce qui fonctionne pour certains ne fonctionne pas pour d’autres. À chacun de faire sa propre opinion et sa propre expérience. Ne perdez pas de temps ni d’énergie avec ce qui ne fonctionne pas. Concentrez-vous au maximum sur ce qui fonctionne.

Tout est encore possible à qui veut réellement y arriver !

 

Vous pouvez utiliser les commentaires ci-dessous pour posez vos questions ou me faire part de vos expériences personnelles avec les producteurs que vous avez sollicités.

À vos plumes, à vos stylos, à vos clavier !

 

 

 

 

© Outer Space Productions – Jean-Walter 2019

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Commentaires

  1. Mat  août 6, 2019

    Bonjour j’ai contacté une boite de production afin de savoir si je pouvais leur envoye un scenario, ils m’ont répondu oui, j’ai donc envoye un scénario avec synopsis et j’ai reçu un mail en me Disant qu’ils avaient reçu le scenario et synopsis et qu’il est parti en lecture. Je voudrais savoir si c’est bon signe.

    Cldt

    répondre
    • Jean-Walter  août 7, 2019

      Oui ! C’est le signe que le projet va être lu.

      répondre

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